FUKUSHIMA : LE PIRE N'EST PAS DERRIERE NOUS...

Japon : Encore des révélations sur Fukushima, le pire n'est pas derrière nous
"Dormez bien brave gens, la nuit est calme et le ciel serein". Telle est en substance -
avec certes une pointe d'ironie de notre part - la teneur des communiqués concernant
les problèmes liés à l'émission de fort taux de radioactivité par le complexe nucléaire
de Fukushima, par son propriétaire, TEPCO, et l'agence de sûreté nucléaire nationale
nippone N.I.S.A (pour "Nuclear and Industrial Safety Agency" dans son nom en version
anglaise).
Or depuis le début de la crise et quasiment jour après jour, ont été relevés des milliers
d'erreurs de calculs (exemple en lisant l'article en anglais de Japan Today) d'omissions,
d'approximations, de dissimulations, de faiblesses de projections qui ont amenés leur
lot de reproches et de demande d'explications de la part de l'ensemble des citoyens
du Japon, mais aussi des autorités étrangères. Une défiance qui se sera notamment
traduite par l'envoi d'une mission d'enquête de l'AIEA, organe de contrôle du domaine
nucléaire de l'ONU, suite à l'arrivée de laquelle ont jailli du sol comme des geysers de
nouvelles révélations encore plus effrayantes que les précédentes.
Nous avons appris ces derniers jours, en vrac, que le réacteur n°5 avait failli entrer
lui aussi en fusion et que l'évènement, tout récent d'ailleurs, avait une fois encore
été dissimulé pendant une demi-journée en dépit des nombreuses promesses
de transparence proférées par le N.I.S.A qui, visiblement, a le plus grand mal à
se défaire de pratiques pour ainsi dire consubstantielles.
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Également, ont été rendues publiques - probablement grâce et uniquement grâce
à la présence physique au Japon des enquêteurs de l'AIEA - trois informations à
faire dresser les cheveux sur la tête. La première est que la rupture du système
de refroidissement du complexe nucléaire de Fukushima n'est pas le résultat
des dégâts occasionnés par le raz-de-marée du 11 mars, mais plutôt celui du
tremblement de terre initial qui a déclenché ledit raz-de-marée. Le résultat
est le même mais les conséquences à en tirer sont toutes autres : dans le cas
du responsable marin, il s'agit d'un cas d'espèce, dramatique certes, mais a
priori unique en son genre. Dans le cas - le vrai en l'occurrence - d'une rupture
du système de refroidissement par le séisme, ce sont TOUTES LES
CENTRALES DU JAPON qui deviennent douteuses et autant de "Fukushima"
potentielles puisqu'elles ont en partage le même type de système anti-sismique,
conçu suivant des normes par trop optimistes comme on peut le constater.
Seconde horreur révélée ces derniers jours : la quantité d'eau hautement
radioactive va bientôt atteindre les limites de stockage, aussi est-il prévu que
les flots empoisonnés commencent à déborder - directement dans la mer et
sur les terres - dès le 20 juin prochain (cf. article en anglais de asahi.com)...
du moins s'il ne tombe pas une autre grosse pluie comme celle que le typhon
de la semaine dernière a apporté au Japon. Si cela devait se produire...
inutile d'en dire davantage.
Troisième horreur enfin: le N.I.S.A vient de reconnaître s'être lourdement
trompé dans ses estimations de la quantité de radioactivité relâchée par
la centrale sinistrée de Fukushima. Jusqu'à présent, l'organe public nippon
de contrôle du nucléaire attaché à l'agence économique connue sous le nom
de M.E.T.I (que ceux qui ont un peu étudié l'économie connaissaient sous
son ancien nom de M.I.T.I ) affirmait que cette quantité de radioactivité était
de 370 000 térabecquerel, ce qui est déjà énorme mais permettait aux
autorités japonaises de contester farouchement le classement en niveau
"Tchernobyl" de la catastrophe de Fukushima. Erreur de bonne foi - mais
alors quelle incompétence ! - ou maquillage politique des chiffres ? Dans
les deux hypothèses, on ne peut que reconnaître le bien fondé de la mission
des délégués de l'AIEA qui ont su faire sortir de sa boite cette vérité nue
que l'on ne saurait regarder en face, du moins au Pays du Soleil levant.
Et cette vérité est, il faut le dire, terrible car la quantité de radioactivité
relâchée dans les airs et dans la mer - parties communes de l'humanité -
n'est pas de 370 000 mais de 850 000 térabecquerels (cf. article en anglais du Mainichi Daily News). Soit plus du double !
Après de telles nouvelles, le veilleur de nuit a-t-il encore le coeur de dire
"Dormez bien brave gens, la nuit est calme et le ciel serein" ?










